La maison aux esprits, Isabel Allende

Tour du monde littéraire : Chili (ou presque), deuxième escale

La maison aux esprits (La casa de los espíritus),
Isabel Allende

Lu en français en mai 2018

Isabel Allende est une auteure chilienne, ou faudrait-il dire internationale ? Non seulement elle est lue dans le monde entier, mais son parcours l’a menée dans de nombreux pays : née au Pérou, elle a vécu au Chili bien sûr, mais aussi en Bolivie et au Liban, en Belgique et en Suisse. Et ça, c’était avant même le coup d’Etat de Pinochet, qui cause la mort de son oncle Salvador Allende et la pousse à s’exiler au Venezuela. Bref, une écrivaine internationale, dont le premier roman, La maison aux esprits (1982, traduit en français en 1984) se situe dans une contrée sans nom, mais qui ressemble fortement au Chili…
Il relate l’histoire d’une famille sur plusieurs générations. Les personnages sont hauts en couleurs ! Clara la clairvoyante communique avec les morts, déplace les meubles d’un regard et joue du piano sans y toucher. Rosa la belle, avec sa chevelure verte, semble ne pas être plus touchée par la réalité du monde des morts que de celui des vivants. Esteban, colérique, violent, mais aussi amoureux et protecteur, finit par rétrécir physiquement à mesure que son âme s’amenuise. Les parents, les enfants pas toujours légitimes, l’oncle voyageur et fantasque, les neveux, les propriétaires et les paysans, une prostituée entrepreneuse, un aristocrate français un peu louche, un chien qui ne cesse de grandir, la petite-fille idéaliste se croisent, s’aiment, se disputent sur 70 ans. Et à travers leur histoire ressort aussi l’Histoire. On voit en effet l’évolution de la société, les idées socialistes, les élections truquées, mais aussi le progrès technique…
Jamais le pays n’est nommé, pas plus que les personnages historiques. De nombreuses fois sont mentionnés le Poète, le Candidat (qui deviendra le Président), le Pays… Et pourtant, malgré les éléments fantastiques, ce livre est ancré dans la réalité du Chili, et on ne doute pas que les événements historiques sont vrais, dans toute leur horreur. Si au début, l’Histoire n’est que le support de l’histoire des personnages, un glissement s’opère au fil du récit, et les protagonistes deviennent presque secondaires face à quelque chose de plus grand. Pris dans les engrenages des événements, ils sont entraînés et deviennent un vecteur pour parler de ce qui s’est passé au Chili avec l’élection d’un président socialiste, puis son renversement et la mise en place de la dictature.
Si, jusque là, une majorité de faits fantastiques relatés avec humour compensaient largement les quelques instants plus cyniques voire violents, la fin du livre devient très dure. Malgré la présence des esprits baladeurs et de touches de légèreté et d’optimisme, il faut avoir le cœur bien accroché pour supporter les arrestations, la torture, les meurtres, l’exil, la misère…
Et pourtant, d’un bout à l’autre, ce livre m’a passionnée. Magnifiquement écrit, captivant, avec ses personnages attachants et sa manière de transmettre toujours un peu d’espoir. La narration externe alterne avec des passages à la première personne, parfois au milieu d’un paragraphe, et ce n’est qu’à la toute fin qu’on comprend ces étranges transitions qui contribuent à rendre le récit vivant. J’ai ri, j’ai pleuré, je me suis indignée et attendrie jusqu’à la dernière page, et j’ai pleuré encore en refermant le livre, mais plutôt de bonheur. Non, vraiment, c’était une excellente lecture et je la recommande…

L’ombre de ce que nous avons été, Luis Sepúlveda

Tour du monde littéraire : Chili

 

L’ombre de ce que nous avons été
(La sombra de lo que fuimos)
,
Luis Sepúlveda

Lu en français, avril 2018

Je pars à l’autre bout du monde, à la découverte de l’extrême sud de l’Amérique, dans cette longue bande de terre montagneuse qu’est le Chili. C’est Luis Sepúlveda qui me guide pour cette première escale, avec l’un de ses ouvrages plus récents : L’ombre de ce que nous avons été (2010). L’auteur a commencé par écrire des contes, mais c’est avec son premier roman, Le vieux qui lisait des romans d’amour (1992) qu’il s’est fait connaître dans le monde entier. Je l’avais lu en espagnol, il y a quelques années, et c’est avec plaisir que je retrouve l’univers poétique de Sepúlveda dans cet autre roman.
Car oui, il a un style bien particulier. Dans L’ombre de ce que nous avons été, le lecteur est plongé à Santiago, dans un entrepôt où il découvre l’histoire d’hommes âgés, fragiles, anciens militants de gauches qui se retrouvent une dernière fois à l’appel du Spécialiste, un personnage qu’ils admirent mais qui n’arrive pas… Il a été absurdement tué par un tourne-disque jeté par une fenêtre !
Chacun y va de son anecdote sur le passé, raconte son présent, et petit à petit se dessine leur histoire commune et celle du Chili. Il n’y a pas beaucoup d’action dans ce livre très court, dont ce n’est pas l’objet. Ce n’est pas un roman d’aventure, c’est la portrait empreint de tendresse de personnages dont la vie n’a pas été facile. Malgré leurs difficultés, malgré la mort du Spécialiste, c’est un récit qui fait chaud au cœur, parce qu’on y trouve de la solidarité, de l’admiration, de l’engagement, du bon sens au service de l’humain…
Les aspects historiques et sociétaux ne sont pas relatés directement, on découvre tout de même en trame de fond le coup d’Etat de Pinochet, la lutte socialiste, l’exil des militants. Tout en subtilité…

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup apprécié ce petit livre. Le lire, c’est savourer un instant hors du temps, en se laissant porter par le rythme inhabituel de l’écriture pour suivre sur un petit bout de chemin des personnages très attachants.

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Le Café des Langues et ses Sorties

Jeudi 3 mai 2018

Si vous avez le goût des rencontres, du partage, de la découverte culturelle, des échanges linguistiques, si vous arrivez au Mans et que vous souhaitez y faire connaissance avec des Manceaux d’un jour ou de toujours, si vous cherchez une activité pour un week-end et même en semaine, cet article est pour vous.

Le Café des Langues du Mans
ESN Le Mans est une association étudiante, antenne locale du réseau International Exchange Erasmus Student Network, qui met en place de nombreuses actions pour les étudiants étrangers au Mans, ainsi que pour tous les jeunes internationaux présents dans la ville et aux alentours : assistants de langue, jeunes au pair, stagiaires, volontaires, employés…
En association avec Fanny Guibert et le Théâtre les Quinconces, ils proposent tous les mois de septembre à mai un Café des Langues : un samedi de 15h00 à 17h00, toutes les personnes qui souhaitent venir pratiquer une langue étrangère peuvent se retrouver dans l’espace bar à l’étage du théâtre. Sans inscription, et avec comme unique contrepartie l’achat d’une boisson sans alcool à 50cts, chacun peut venir rafraichir ou perfectionner une langue de son choix : anglais, français et arabe sont toujours représentés, et on trouve régulièrement une table pour parler allemand ou espagnol, parfois aussi japonais, coréen
Nul besoin d’être un expert, car dans ce cadre convivial, l’entraide est de mise. Les natifs s’adaptent, et chacun donne un coup de pouce selon ses compétences. Et lorsque les rôles s’échangent, l’aidé devient l’aidant, et tout le monde trouve son bonheur.

Les Sorties du Café des Langues
Pour ceux à qui une rencontre mensuelle ne suffirait pas, ou qui ne seraient pas disponible les samedis, l’association propose également des sorties hebdomadaires. Balade à l’Arche de la Nature un samedi, discussion dans un café un lundi (généralement La Bourse, place de la République, où nous sommes très bien accueillis), soirée jeux de société un mercredi, pique-nique au Parc Banjan, sortie au marché des Jacobins… C’est l’occasion d’apprendre l’anglais ou de pratiquer le français dans un contexte convivial, en lien avec la vie quotidienne. Les sorties lancent les conversations et permettent de mieux mémoriser les nouveaux mots ou expressions, puisqu’ils s’ancrent dans une expérience vécue. Elles offrent également la possibilité de mieux connaître le Mans puisque de nouveaux lieux sont régulièrement proposés.

Prochaines dates :
– Mercredi 9 mai : soirée jeux de société en langues étrangères à l’AmuZ’Mans, à 21h00
– Lundi 14 mai : discussions autour d’un verre au Café la Bourse de 18h00 à 20h00 (Place de la République)
– Samedi 19 mai : la dernière édition du Café des Langues mensuel pour 2017-2018, avant son retour à la rentrée 2018
– Mardi 22 mai : le retour des discussions au Café la Bourse de 18h00 à 20h00 (Place de la République)

En ce qui me concerne, après avoir été simple participante, je suis engagée depuis plusieurs mois dans la coordination des Sorties, et je m’y épanouis : je me suis liée d’amitié avec Stacy, assistante américaine qui les organise avec moi, et nous avons intégré l’ESN où nous participons maintenant aux réunions et à différentes activités. Nous avons trouvé une équipe accueillante, la possibilité de participer à des projets enthousiasmants, la satisfaction des actions menées à bien, la richesse des échanges avec des jeunes de nombreux pays.
Pour moi, ce sont des associations de ce genre qui rendent belle la vie dans un lieu. C’est parce qu’on y trouve des personnes engagées qu’on s’y sent bien et qu’on a envie d’y rester. Ces gens agissent, et contribuent à leur échelle à modeler la ville à leur image. La ville, et même le monde, car ils partagent leurs valeurs avec tous ceux qui sont prêts à échanger, et les diffusent au fur et à mesure que les internationaux retournent dans leur pays d’origine ou que les Français vont s’engager pendant un séjour à l’étranger.
Ils permettent de se rappeler que nous avons tous un pouvoir, et qu’il ne tient qu’à nous d’en faire bon usage !
Alors, rejoignez-nous pour un après-midi ou pour la vie !

La fille du gardien de phare, Ann Rosman

Tour du monde littéraire : Suède, deuxième escale

La fille du gardien de phare (Fyrmästarens dotter), Ann Rosman

Lu en français en avril 2018

Quoi de mieux pour différencier la fiction du fond de réalité que de lire dans la foulée un deuxième livre du même pays, mais d’un autre auteur ? Je n’ai donc pas attendu après La Princesse des Glaces, et j’ai enchaîné sur La fille du gardien de phare, d’Ann Rosman.
Dans ce roman policier, on est de nouveau dans la partie méridionale de la Suède, sur la côte proche de Göteborg. Derrière un mur d’un phare en réfection, deux ouvriers polonais découvrent un cadavre, visiblement abandonné là depuis un moment… La commissaire de police Karin Adler est chargée de l’enquête.
Les histoires se croisent et les destins s’entrecroisent au fil du récit et de ses flashbacks. Les personnages sont attachants, et l’auteure décrit à travers eux des problèmes de société : répartition des tâches entre hommes et femmes, divorce, burn-out…
C’est probablement l’aspect le plus réussi du roman, puisque ces sujets sont évoqués sans lourdeur, sans morale non plus, comme une trame de fond.
Pour le reste, je ne suis pas du tout aussi charmée par ce livre que par celui de Camilla Läckberg. L’intrigue est intéressante, certes, mais les indices ne sont pas assez partagés avec le lecteur. Lorsqu’un personnage fait une découverte intéressante, par exemple une photo qui fait avancer l’enquête, le narrateur l’évoque mais ne dévoile pas le contenu ! Et il est difficile de s’y retrouver entre le présent et le passé, de se faire une carte mentale des liens entre tous les personnages (la sœur de bidule, qui est la prétendante de machin et la grand-mère de truc…) Résultat, à la fin du roman, il faut en trois pages résumer l’intégralité de l’histoire pour expliquer comment se sont vraiment déroulés les événements. Bon. Une introduction et ces trois pages auraient suffi à tout comprendre, alors ?! C’est frustrant…

Pour résumer mon avis, je dirais que c’est un livre sympathique, avec du suspense, mais pas du tout aussi captivant qu’il pourrait l’être.

Du point de vue culturel, il reste intéressant. Il confirme l’importance du monde marin sur la côte ouest, à proximité de Göteborg. L’histoire démarre dans un phare, sur une île, et plusieurs personnages sont des marins. Même la policière, dont ce n’est pas le métier, aime la mer, et le bateau joue un rôle prépondérant dans sa vie et dans son couple, en bien comme en mal. Au final, la mer est presque un protagoniste : plus qu’un décor ou qu’un lieu de vie, elle est en même temps une meurtrière, une amie, une amante. Impossible de replacer ce roman et cette société dans un autre cadre.
L’auteure dépeint aussi ces villages de pêcheurs qui se transforment en décors, en villages fantômes où les maisons sont rachetées et rénovées par des citadins qui n’y viennent qu’à la belle saison. C’est un point commun avec le roman de Läckberg, et donc probablement un phénomène qui préoccupe nombre de Suédois de cette région.
Un dernier point commun entre les deux romans m’a marquée, c’est la question des relations entre hommes et femmes, et plus précisément des violences faites aux femmes. Dans La fille du gardien de phare comme dans La Princesse des glaces, des personnages féminins souffrent du manque d’implication de leurs conjoints dans les tâches ménagères et l’éducation des enfants, de leur désintérêt pour leurs difficultés ou souffrances psychologiques. On les voit se débattre dans leurs espoirs d’une vie de couple harmonieuse, leur peur de la séparation, leur besoin d’émancipation. Et dans les cas plus graves, il y a les coups.
Alors hasard ou problème de société plus présent que chez nous ? Impossible à dire sans avoir l’avis de quelqu’un qui aurait vécu longtemps en Suède…

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