La fille du gardien de phare, Ann Rosman

Tour du monde littéraire : Suède, deuxième escale

La fille du gardien de phare (Fyrmästarens dotter), Ann Rosman

Lu en français en avril 2018

Quoi de mieux pour différencier la fiction du fond de réalité que de lire dans la foulée un deuxième livre du même pays, mais d’un autre auteur ? Je n’ai donc pas attendu après La Princesse des Glaces, et j’ai enchaîné sur La fille du gardien de phare, d’Ann Rosman.
Dans ce roman policier, on est de nouveau dans la partie méridionale de la Suède, sur la côte proche de Göteborg. Derrière un mur d’un phare en réfection, deux ouvriers polonais découvrent un cadavre, visiblement abandonné là depuis un moment… La commissaire de police Karin Adler est chargée de l’enquête.
Les histoires se croisent et les destins s’entrecroisent au fil du récit et de ses flashbacks. Les personnages sont attachants, et l’auteure décrit à travers eux des problèmes de société : répartition des tâches entre hommes et femmes, divorce, burn-out…
C’est probablement l’aspect le plus réussi du roman, puisque ces sujets sont évoqués sans lourdeur, sans morale non plus, comme une trame de fond.
Pour le reste, je ne suis pas du tout aussi charmée par ce livre que par celui de Camilla Läckberg. L’intrigue est intéressante, certes, mais les indices ne sont pas assez partagés avec le lecteur. Lorsqu’un personnage fait une découverte intéressante, par exemple une photo qui fait avancer l’enquête, le narrateur l’évoque mais ne dévoile pas le contenu ! Et il est difficile de s’y retrouver entre le présent et le passé, de se faire une carte mentale des liens entre tous les personnages (la sœur de bidule, qui est la prétendante de machin et la grand-mère de truc…) Résultat, à la fin du roman, il faut en trois pages résumer l’intégralité de l’histoire pour expliquer comment se sont vraiment déroulés les événements. Bon. Une introduction et ces trois pages auraient suffi à tout comprendre, alors ?! C’est frustrant…

Pour résumer mon avis, je dirais que c’est un livre sympathique, avec du suspense, mais pas du tout aussi captivant qu’il pourrait l’être.

Du point de vue culturel, il reste intéressant. Il confirme l’importance du monde marin sur la côte ouest, à proximité de Göteborg. L’histoire démarre dans un phare, sur une île, et plusieurs personnages sont des marins. Même la policière, dont ce n’est pas le métier, aime la mer, et le bateau joue un rôle prépondérant dans sa vie et dans son couple, en bien comme en mal. Au final, la mer est presque un protagoniste : plus qu’un décor ou qu’un lieu de vie, elle est en même temps une meurtrière, une amie, une amante. Impossible de replacer ce roman et cette société dans un autre cadre.
L’auteure dépeint aussi ces villages de pêcheurs qui se transforment en décors, en villages fantômes où les maisons sont rachetées et rénovées par des citadins qui n’y viennent qu’à la belle saison. C’est un point commun avec le roman de Läckberg, et donc probablement un phénomène qui préoccupe nombre de Suédois de cette région.
Un dernier point commun entre les deux romans m’a marquée, c’est la question des relations entre hommes et femmes, et plus précisément des violences faites aux femmes. Dans La fille du gardien de phare comme dans La Princesse des glaces, des personnages féminins souffrent du manque d’implication de leurs conjoints dans les tâches ménagères et l’éducation des enfants, de leur désintérêt pour leurs difficultés ou souffrances psychologiques. On les voit se débattre dans leurs espoirs d’une vie de couple harmonieuse, leur peur de la séparation, leur besoin d’émancipation. Et dans les cas plus graves, il y a les coups.
Alors hasard ou problème de société plus présent que chez nous ? Impossible à dire sans avoir l’avis de quelqu’un qui aurait vécu longtemps en Suède…

La fiche du livre sur Livraddict : Logo Livraddict

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *